Un silence coupable

Donia Zeineddine
La guerre — cette forme organisée de la violence — sème d’importantes répercussions sur tous les aspects de la vie, notamment la santé, le social, l’éducation, l’aide humanitaire et en passant elle teinte l’art et la culture. Elle cicatrise à jamais la vie de celles et ceux qui l’ont vécue, et met à rude épreuve les instances internationales, notamment celles qui se disent les gardiennes des droits de la personne et les droits humanitaires.
L’Organisation des Nations unies (ONU) a instauré des Règles de la guerre. Ces règles doivent être respectées par tous les États. Elles sont définies pour limiter les possibilités de la dégénération des conflits à ne pas atteindre un degré de barbarie démesurée, menant à des exterminations de populations. La protection des civils, des enfants, les soins des blessés et des malades en font partie. Également, le Droit humanitaire prévoit de protéger les écoles, les hôpitaux, les lieux de culte afin d’éviter les souffrances des civils, les destructions massives et de permettre les missions médicales, le secours et la sécurité alimentaire des civils. Toutes les conventions précisent théoriquement le cadre afin de limiter toute « impureté » d’une guerre et de pouvoir identifier subséquemment tout crime de guerre et/ou crime contre l’Humanité. En théorie, les nations ont développé studieusement l’éthique de la guerre en mettant noir sur blanc des codes à respecter.
Cependant, des questions légitimes se posent dans un contexte où nous constatons un écart considérable entre la théorie et l’application des lois, entre les beaux discours et leur mise en pratique arbitraire, entre les belles valeurs humaines et la double mesure de leur application.
Devant les crimes atroces qui se déroulent sous nos yeux au Liban, sans oublier les atrocités commises à Gaza, de nombreuses questions se posent d’office devant cette barbarie inouïe, cette brutalité sans précédent, cette violence « excusée »…
Quelle est la signification concrète des verbes comme « condamner », « dénoncer » ont-ils, prononcés de la bouche de ceux qui financent la guerre en l’alimentant insidieusement par toute sorte d’armes ?
Comment peut-on comprendre la distinction que les politiciens étalent hypocritement entre leur discours, leurs actions quant à la guerre Russie-Ukraine et comment ils défendent farouchement la souveraineté de la l’Ukraine et lorsqu’il s’agit de l’invasion terrestre de 20 % de la superficie du Liban en obligeant plus de 1 200 000 habitants du sud dont 390 000 enfants à se déplacer, en rasant plus de 40 villages. Pourtant, ces mêmes politiciens annoncent, avec une tranquillité d’esprit et une hypocrisie démesurée qu’Israël doit se protéger et protéger ses habitants ! Là encore, ils oublient, comme par magie, la souveraineté du Liban et la sécurité de son peuple. On assiste à une sensibilité extrême face à la guerre Russie-Ukraine et à un aveuglement dégoutant face à la guerre sur le Liban. On constate leur raisonnement logique versus une ignorance voulue, les doubles mesures se manifestent sans aucun voile !
Comment ces pays développés, prétendants être responsables, chantent-ils la paix et en coulisses ils nourrissent généreusement cette violence, et sur scènes ne sont que de simples soldats qui répètent en rafale des discours insignifiants ? Comment pouvez — vous chers politiciens nous expliquer la valeur de la vie humaine versus votre humanité sélective.
Comment ces mêmes « Pionniers de démocratie » peuvent-ils expliquer à nos jeunes que ces lois et ces principe sont à respecter, à suivre, mais leur application dépend sur qui et où ?
Un petit rappel de ce qui se passe et de ce qui s’est passé sous les yeux des dirigeants du monde entier : une série de terreur se poursuit au Liban jour après jour, depuis 2024, mais, en réalité, ça perdure depuis plusieurs années. Nombreux sont les chefs de pays qui se sont contentés d’être des témoins, des spectateurs dociles qui ne voient rien qui n’entendent rien, tout en s’acharnant, de commanditer cet affolement nommé guerre. Les excuses n’en manquent pas et les intérêts non plus. Ils n’hésitent pas à catapulter des accusations de toutes sortes à celles et ceux qui osent dénoncer, critiquer, ou tout simplement exprimer une opinion différente des leurs et de leurs machines médiatiques. Toute critique de cette violence et de ses acteurs, qu’elle soit modérée ou pas, est automatiquement étiquetée de l’antisémitisme. Il n’est pas étonnant de publier ici et là des propos « racistes » de profiter d’un point de presse pour lancer un message hypocrite imbibé d’ignorance volontaire, ou pas !
Depuis de longues années que nous assistons à des scènes dans lesquelles la barbarie s’affiche fièrement au Liban, comme à Gaza, on tue des civils, on bombarde des lieux de cultes, des hôpitaux, des écoles, des quartiers résidentiels en se justifiant ainsi « des partisans du Hezbollah s’y trouvent », on tue des enfants, des femmes parce que, peut-être, « qu’un membre du parti y est » on vise les ambulanciers, les pompiers parce que… Ils bombardent le Liban, le peuple libanais et ils n’ont pas besoin de justificatifs et ils ne seront certainement pas punis, aucune sanction ne peut dépasser le discours de « dénoncer, condamner, refuser… » Aucune sanction jusqu’à présent n’a été imposée.
Le carnage qui a eu lieu mercredi dernier au Liban relève de quelle loi, découle de quelle démocratie ?
Se donner le droit de tuer des centaines, en quelques minutes, de massacrer des civils, des femmes, d’assassiner des enfants et de les priver de l’éducation est dicté par quelle loi ? Depuis 2 mars, le Liban compte plus de 2000 morts et plus de 6800 blessés, plus de 1200 000 déplacé, des villages sous occupation israélienne, des villages entiers rasés… Ce film d’horreur se poursuit et il est commandité par une complicité internationale prétendant l’innocence ou l’ignorance ou les deux ensembles, légitimant ainsi les crimes les plus barbares au sein de l’humanité ! Le peuple libanais est plus que résilient, mais il ne veut plus de cette résilience qui vole nos années et nos vies. On ne veut plus d’une résilience imposée par la géographie, la religion ou la politique. On ne veut plus de cette résilience qui ne nous offre qu’amertume, tristesse, morts et destruction.. Nous, Libanaises et Libanais, on ne veut plus survivre. On veut vivre, rêver, grandir, vieillir, planifier, réussir comme des gens « normaux ».
Je lance un appel à toute personne qui se considère comme libre, libre de penser, de réfléchir, de se poser des questions que beaucoup de dirigeants et de journalistes n’osent pas poser.
Tous les acteurs de cette crise — que ce soit des acteurs principaux ou secondaires, doivent ouvrir les yeux et chercher sérieusement de solutions. Les principes de liberté, de justice, de droits, de solidarité qui sont l’essence même de notre humanité, notre humanité à nous tous, sont des valeurs humaines à s’appliquer de la même façon, à tous les peuples, dans tous les pays, en dehors de petits calculs basés sur un aveuglement aberrant et sur de petits intérêts abominables aux conséquences catastrophiques.
L’Humanité a connu beaucoup de coups durs, et grâce aux efforts intenses de plusieurs d’entre nous, elle a pu survivre. Et, là on est devant un nouveau test, test de notre humanité. Ouvrons les yeux, réveillons — nous, éveillons-nous. Faisons une réflexion profonde et faisons le ménage des jugements hérités et le tri des messages répétés en rafales. Ceux qui cherchent la vérité peuvent la trouver, et ceux qui s’acharnent à ne pas le savoir ne peuvent que demeurer des marionnettes, des pions à manipuler, ils ne peuvent qu’être maudits impitoyablement sur l’Autel de l’Humanité.
Nous avons besoin de gens capables de tisser des liens malgré la différence, de construire des ponts d’entamer un dialogue, de semer les graines d’une vraie paix, de financer pas des guerres, mais plutôt financer une instance plus grande que nous tous, l’Humanité !




