! Une guerre après l’autre

Dounia Zeineddine
Depuis mon enfance, la guerre n’a jamais quitté le paysage. Lointaine ou tout près, la guerre est presque toujours présente : des explosions, des assassinats des hommes politiques, des intellectuels réduits au silence, des attaques d’une violence inouïe, des actes barbares défiant toute loi. Peu importe, le camp, peu importe la région, les responsables ne peuvent qu’être des criminels.
Je ne sais pas pourquoi le destin s’allie ironiquement avec les criminels, les hypocrites et les cruels…
Liban : résilience d’un peuple courageux
Liban, ce petit pays, de 10 452 kilomètres carrés, est situé entre la mer et la montagne, porte sur ses épaules une fatalité historique, une malédiction géographique et surtout le poids de toutes les contradictions du Moyen — Orient. Et pourtant, contre toute attente, contre toute logique, contre tout calcul, il se tient encore et encore. Mais à quel prix ?
Depuis son indépendance en 1943, le Liban n’a connu que de brèves accalmies dans une très longue et violente tempête. De la guerre civile, aux invasions, aux occupations, aux guerres à répétition qui rythment le quotidien des Libanaises et Libanais.
Des dates gravées dans la mémoire collective de ce peuple
Une série de dates : 1975, 1979, 1982, 1990, 2004, 2006, 2009, 2020, 2025… Pour la plupart des gens, ces chiffres pourraient évoquer une année de naissance, un mariage, une rencontre, un amour, une fête, une joie. Pour moi, pour nous, peuple libanais — ceux qui ont vécu et survécu à des guerres atroces — ces dates sont gravées dans la chaire, le cœur et la tête. Elles ne célèbrent rien. Elles marquent des destructions massives, des plaies ouvertes, des traumatismes que nous tentons, chaque jour, de surmonter, de poursuivre et d’essayer de vivre.
Les dirigeants libanais par leurs façons de ne pas agir, ont montré une incompétence, une négligence et une absence totale de l’État, et toutes ces atrocités ont révélé un peuple qui ne baisse jamais les bras et qui n’est pas prêt à renoncer à la Vie.
Une résistance quotidienne
Ce qui frappe chez chaque Libanaise et Libanais, c’est cette capacité à se relever. Les compatriotes au Liban qui se battent tous les jours dans un pays où l’électricité nationale ne fonctionne que partiellement, où la monnaie a perdu plus de 90 % de sa valeur, où l’insécurité règne, ils continuent. Ils continuent après des larmes abondantes à sourire, à ouvrir leur commerce même quand l’Espoir est perdu, à travailler même lorsque le cœur est ailleurs, à envoyer leurs enfants à l’école même lorsque l’Avenir est incertain et à rêver même lorsque la réalité parait crue.
Également, chaque membre de la diaspora libanaise continue partout où il se trouve dans le monde à porter cette mémoire collective et ce lien sacré avec les cèdres. Toutes et tous, nous continuons à sourire le matin après avoir pleuré toute la nuit.
Mais, cette résilience a ses limites. Et, ce qui rend la situation encore plus insupportable, c’est l’attitude de la communauté internationale. On pleure les victimes quand on voit les images chocs, on promet une aide quand les caméras tournent, on dénonce très timidement la sauvagerie et la violation des lois internationales. Les réunions se succèdent, les conférences, les points de presses, mais l’action concrète est presque absente et la nécessité d’appliquer les lois internationales s’efface.
Les doubles mesures des grandes puissances
Malheureusement, le cœur du problème réside dans les doubles mesures des grandes puissances. Ils hiérarchisent médiocrement les vies humaines. Une vie au Liban ou au Moyen-Orient vaut moins qu’une vie européenne ou américaine ? Un enfant de Beyrouth ou de Gaza mérite moins d’Avenir qu’un enfant de Paris ou de Berlin ? Quand les bombes tombent ailleurs on s’indigne, on s’énerve, on est révolté. Quand elles tombent au Liban on cherche des expressions comme « situation compliquée » ou « conflit complexe » ou une « nécessaire retenue des deux côtés !
Cette double mesure est insupportable, incomprise et inacceptable. Elle est le reflet d’un monde où la géographie rythme la valeur des vies, détermine la sincérité des larmes et l’ampleur de la catastrophe. On nommait les pays développés, très développés, “les défenseurs des droits humains” ou “les donneurs de leçons”, mais, aujourd’hui et maintenant les masques sont tombés, vous vous êtes dénudés et on peut voir que de grandes gueules qui distribuent fièrement le barbarisme.
Ainsi plusieurs questions se posent et qui osent y répondre : Qui a donné à ces dirigeants le droit de décider quel pays est “à réformer” ? Qui vous a donné le droit de décomposer des territoires, de déplacer des frontières et des peuples, de supprimer des ethnies, de hiérarchiser des vies humaines ? Qui vous a confirmé que vous êtes au-dessous de la loi ?
Un peuple qui refuse de mourir
Pourtant, malgré tout, malgré la fatigue, malgré le désespoir, malgré la tentation permanente de tout abandonner, le peuple libanais tient les coups successifs, parce le Liban n’est pas seulement un pays, c’est une idée, c’est un mode de vie, c’est un phénix, c’est des cèdres enracinés. L’idée que la diversité est une force. L’idée que la vie mérite d’être vécue même quand tout semble dur et sombre.
Ce peuple qui combat le destin sans relâche, qui renait de ses cendres encore et encore, mérite mieux que l’indifférence hypocrite. Le Liban mérite la paix, une vraie paix.
Le Liban est un petit pays pour autant de drames, trop beau pour tant de larmes, trop vivant pour tant de morts. Le peuple libanais ne peut pas céder, ne peut pas mourir, il est trop occupé à survivre, il est plus que déterminé à renaitre et à se relever…




